Les placements responsables séduisent de plus en plus d’investisseurs particuliers

En 2025, 7 % des épargnants français ont privilégié des produits responsables, quel que soit leur rendement, selon le baromètre Ifop-Altaprofits. Ce chiffre est faible, et il est même en baisse depuis plusieurs années. Le paradoxe mérite qu’on s’y arrête : la visibilité des enjeux environnementaux et sociaux n’a jamais été aussi forte, les labels se multiplient, la réglementation se durcit, mais l’adhésion réelle des particuliers ne suit pas la courbe attendue.

Réforme du label ISR : un filtre plus strict depuis 2024

Le référentiel du label ISR a été entièrement révisé fin 2023, avec une entrée en vigueur au 1er mars 2024. Le changement le plus structurant concerne le filtrage ESG : exclusion de 25 % des émetteurs les moins bien notés au 1er janvier 2025, puis 30 % au 1er janvier 2026.

Cette montée en exigence vise à répondre aux critiques de greenwashing qui pesaient sur l’ancien référentiel. Des fonds pouvaient afficher le label ISR tout en intégrant des entreprises pétrolières ou des secteurs très carbonés. Le nouveau cadre rend ces pratiques plus difficiles, sans les éliminer totalement.

Pour les investisseurs particuliers, la conséquence directe est une réduction de l’univers d’investissement des fonds labellisés. Certains gérants ont perdu leur label faute de conformité au nouveau référentiel. D’autres ont réaménagé leur portefeuille en excluant des valeurs jusque-là tolérées. Le label ISR rénové pèse donc sur la composition réelle des produits accessibles en assurance vie ou en plan d’épargne retraite.

Un investisseur particulier consultant un conseiller financier sur les fonds durables et investissements responsables

SCPI labellisées ISR : le basculement concret de l’épargne immobilière

Le segment des SCPI illustre un mouvement moins commenté mais très net. Selon les données ASPIM-IEIF reprises par Immopedia en juillet 2026, 76 % des souscriptions nettes se dirigent vers des SCPI labellisées ISR. La collecte nette des SCPI progresse fortement en 2025, et l’essentiel de cette dynamique se concentre sur les véhicules responsables.

Ce basculement s’explique en partie par l’offre elle-même. Les sociétés de gestion lancent de plus en plus de SCPI avec le label ISR dès leur création, ce qui oriente mécaniquement les flux. Un épargnant qui souscrit une SCPI récente a de fortes chances de détenir un produit labellisé, parfois sans l’avoir spécifiquement cherché.

La question reste de savoir si cette labellisation traduit un vrai engagement de gestion (rénovation énergétique, sélection des locataires, trajectoire carbone du parc) ou un simple affichage commercial. Les données disponibles ne permettent pas de conclure de manière définitive sur ce point. Le label ISR appliqué à l’immobilier repose sur des critères différents de ceux utilisés pour les fonds actions, et sa lecture reste opaque pour la majorité des souscripteurs.

Placements responsables et rendement : ce que disent les épargnants

Le baromètre Ifop-Altaprofits met en lumière un frein récurrent : la perception du risque. Environ un Français sur quatre considère les placements durables comme plus risqués que les placements classiques. Cette méfiance se double d’un doute sur la rentabilité réelle.

L’étude bisannuelle de l’AMF, publiée en septembre 2025, confirme cette tendance. Les enjeux du développement durable restent importants aux yeux de 63 % des Français (contre 66 % en 2023), et 42 % jugent les placements responsables intéressants (contre 44 % en 2023). Le léger tassement est mesurable, même s’il reste modéré.

Les plus jeunes restent les plus convaincus. En revanche, le passage de l’intérêt déclaré à la souscription effective reste un goulet d’étranglement. Plusieurs facteurs y contribuent :

  • La méconnaissance des labels disponibles (ISR, Greenfin, Finansol) et de ce qu’ils garantissent concrètement en termes de sélection des actifs
  • Le doute persistant sur la réelle durabilité des produits proposés, alimenté par des années de greenwashing peu sanctionné
  • La priorité donnée à la rentabilité immédiate dans un contexte de pouvoir d’achat contraint, où les rendements des placements sans risque (livret A, fonds euros) restent attractifs

Le rôle des conseillers financiers dans l’orientation vers l’investissement responsable

Un constat de l’AMF mérite d’être souligné : le rôle accordé aux conseillers financiers a progressé entre 2023 et 2025. Les conseillers constituent la source d’information préférée des particuliers sur les placements responsables.

Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation MiFID II révisée, les conseillers doivent intégrer les préférences de durabilité dans leur questionnaire client. Cette obligation a formalisé un échange qui existait peu auparavant. En pratique, les retours terrain divergent sur la qualité de cette intégration : certains réseaux bancaires se limitent à une case à cocher, d’autres proposent un véritable dialogue sur les critères ESG.

L’AMF a d’ailleurs mené des visites mystère en 2026 pour évaluer les pratiques de vente en banque. Les résultats confirment que la qualité du conseil sur les produits responsables varie fortement selon les établissements. L’obligation réglementaire ne suffit pas à garantir un accompagnement éclairé.

Couple d'investisseurs particuliers examinant leur portefeuille de placements responsables sur une tablette à la maison

Finance durable : un marché en structuration, pas en triomphe

Le tableau d’ensemble reste contrasté. D’un côté, les flux vers les SCPI labellisées ISR montrent qu’une partie de l’épargne bascule concrètement vers des supports responsables. De l’autre, la proportion d’épargnants qui font un choix délibéré en faveur de la durabilité reste très minoritaire.

Le durcissement du label ISR pourrait, à terme, restaurer une partie de la confiance. Un label plus exigeant est aussi un label plus lisible, à condition que les particuliers en comprennent les critères. Pour l’instant, la plupart des épargnants ne distinguent pas un fonds ISR d’un fonds classique, et n’identifient pas les exclusions sectorielles qui s’appliquent depuis 2025.

L’intérêt des Français pour les placements responsables ne s’effondre pas, mais il stagne. La question n’est plus de savoir si les produits existent. Ils existent, en nombre croissant, avec des cadres réglementaires plus stricts. Le maillon manquant reste la compréhension concrète de ce que ces placements financent, et de ce qu’ils excluent.

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